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samedi

Installation mon pére et moi./My father and me 2008





Mon père et moi.
.
Nous sommes assises prés de la radio, mes sœurs, ma mère et moi. Je dois avoir environ 5 ans je crois. C’est le 4 mai. En Hollande, c'est le jour de la commémoration des victimes de la seconde guerre mondiale. A huit heure, toute la vie publique s'arrête : deux minutes de silence total en mémoire des morts.
Ma mère nous dit qu’il nous faut penser à notre mamie et à notre papi qui sont décédés dans un camp de concentration.
Mais je ne sais pas comment faire, penser à une mamie et un papi que je n’ai jamais connus. C’est difficile pour moi et mes sœurs de ne pas ricaner pendant ces deux longues minutes. Il ne faut surtout pas regarder mes sœurs...

My father and I.

When we were little my mother made us listen to the commemoration of the dead of World War II on the radio.
My mother says we should think of our grandparents who died in a concentration camp. During the imposed two minutes silence our thoughts must be with them. But I do not know how to think of grandparents that I have never known. It is difficult for us children not to start giggling.



A l'école, on consacre beaucoup de temps à la seconde guerre mondiale et à la souffrance des juifs. Bien sur, nous visitons la maison d'Anne Frank et nous lisons son journal, ainsi que d’autres histoires sur cette guerre.
En fait, je n’ai jamais le sentiment que ces contes, ces histoires, n'ont un véritable rapport avec mon histoire personnelle.
C’est en voyant le film "Schindler’s list" de Steven Spielberg que cela change. Dans ce film, un certain Monsieur Stern, un juif, joue un rôle important. C’est la première fois que je sens que les évènements qui ont touché les juifs pendant la seconde guerre mondiale ont à faire à ma famille, à mon père. À moi.
Mon père ne parle pas de la guerre. Nous, les enfants, ne lui demandons rien. Nous n’oserons pas. Le silence est assourdissant.
Finalement, mon père couche sur papier son témoignage.

At school, much attention is paid to World War II and the suffering of the Jews. Of course we visit the Anne Frank House and read her diary and other books about the war. I never felt that these stories had anything to do with my life, my personal history. Then I saw the movie Schindler's List by Steven Spielberg. A Jew called Mr.Stern, my family name, plays an important role in the story. For the first time I feel that what happened to the Jews in  World War II  has to do with my family, with my father. With me.



Mon père s’est enfui de Berlin pour la Hollande quand il avait environ trente ans, rejoint ensuite par ses parents. Son Néerlandais n’est pas parfait. Il veut me lire son texte pour que je puisse corriger les germanismes.
Un passage raconte comment mon père a fait monter ses parents dans un train.
C'était le train pour le camp de concentration.
On avait fait croire à mon père qu'au camp de Bergen-Belsen, les juifs étaient échangés contre des prisonniers de guerre Allemands. Un échange comme celui-ci eut bien lieu, mais une seule fois. Mes grands-parents n’y étaient pas. Ils décédèrent en 1944, dans le camp.
Quand mon père arrive à ce passage, il ne peut plus parler. Le silence est long...
Finalement, nous ne reparlerons jamais de ce silence jusqu'à la fin de ses jours.
My father fled from Berlin to the Netherlands when he was about thirty years old. 
He does not speak about the war.  We children do not ask. We dare not. This silence is deafening. Eventually he writes down his story. His Dutch is not perfect. He wants to read the text to me so I can eliminate Germanisms.

My grandparents had also fled to the Netherlands.
There is a passage in my father’s book that tells how he puts his parents on the train. It is the train to the concentration camp Bergen-Belsen. My father was led to believe that it was a camp where Jews were exchanged for German prisoners of war. He thought, this was a way for his parents, who didn't want to go into hiding, to escape. Such an exchange has only taken place once. My grandparents were not part of that exchange. They died in the camp in 1944 

When my father reaches this passage, he cannot speak any more. He remains silent for a long time. Also about this silence we do not speak, for the rest of his life.


Ce qui est arrivé aux juifs durant la seconde guerre mondiale, c’est aussi mon histoire à moi. Je le sens nettement le jour où j’ai entre les mains la lettre d’adieu que ma grand-mère avait écrite dans le camp.

Je le sens avec la tête, le cœur, et avec des larmes.
Je vais chez mon père.
« Papa, je lui dis, maintenant je comprends ta peine. »
Mais mon père se détourne de moi :« Personne ne comprend ma peine. »
Et nous continuons de nous taire.
Mon père est décédé en 1994.

4.
Much later when I get to read the farewell letter my grandmother wrote in the camp, I feel really, with head, heart, and with tears that what has happened in World War II with the Jews, is also my history.

I say to my father.
"Now, dad, now I understand your grief."

But my father turns away from me:
"No one understands my sorrow."

And we continue to remain silent.
 My father died in 1994
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»Wij moeten op de spiegel blijven letten.
« Il nous faut continuer à faire attention au miroir. »



"We must not pay attention to the criminal, we must pay attention to the ordinary man. We must keep an eye on the mirror. "
Harry Mulisch.


« Nous ne devons pas continuer à faire attention au criminel, nous devons continuer à faire attention à l’homme ordinaire. Il nous faut continuer à faire attention au miroir. »
Harry Mulisch, écrivain Néerlandais.
“Wij moeten niet blijven letten op de misdadiger, wij moeten blijven letten op de doodgewone man. Wij moeten op de spiegel blijven letten.”
Harry Mulisch.
Les miroirs cassés dans les valises, représentent les bagages des survivants d’une guerre. Quand ils se regardent dedans, leurs images sont brisées à tout jamais. Ça c’est le bagage des victimes. Et peut-être celui des criminels ? Des héros ? Et des lâches ?
De gebroken spiegels in de koffers representeren de bagage van de overlevenden van een oorlog. Als zij naar zichzelf kijken, zal hun beeld nooit meer ongeschonden zijn. Dat is de bagage van de slachtoffers. En van de daders? En van de helden en de van de lafaards?


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lundi

Natzweiler en image/Natzweiler in beeld









coté devant/voorkant





coté derrière / achterkant
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750 euro








vendredi

Les boites Natzweiler




le devant


coté desus


coté d'arrière

Pour voir plus cliquer ici.




NATZWEILER
I
Et là, à travers les barbeles, voir
un très charmant paysage, aussi paisible
qu’alors.
Il ne leur manquerait rien, on allait
les coucher dans cette herbe fraîche, les
mener à cette rivière du repos.
là-bas au loin. On allait -

II
J’explore du regard les fenêtres des baraques,
les tours de guet, la chambre à gaz.
Seul le paysage paisible au loin
se reflète noir les vitres,
et personne derrière
III
L’absence des morts est si intense,
oui je suis là,
mais eux aussi,
comme si le paysage entourait mes épaules
de leurs bras invisibles.
Ils disent: Rien ne nous manque,
nous avons oublié ce monde,
mais ce ne sont pas des bras,
c’est un paysage.
IV
Les photos jaunies dans les vitrines,
leurs visages rongés par leurs crânes,
leurs yeux noirs,
que voient-ils, que voient-ils?
Je les regarde, mais pourquoi.
Leurs visages appartiennent au monde
déjà, au monde
qui se tait.
V
Le voici donc l’abandon,
voici loin dans les montagnes
ce lieu des adieux.
On vient de repeindre le Lager, en ce doux
vert-de-gris, cette tendre couleur
de la guerre.
C’est comme neuf, comme si rien
ne s’était passé, comme si
c’était encore à commencer.

Les boites de Natzweiler sont 5 boites de 16x16x4 cm.
Les boites ont deux cotés: un coté avec un objet mort et l’autre cote avec une peinture et une strophe du poème.

Les poèmes sur les boites sont écrits par Rutger Kopland, écrivain Néerlandais.
C'est par hasard que j'ai trouvé, pendant que j'étais entrain de faire l'installation Mon père et moi, dans ma propre bibliothèque, le livre de Rutger kopland. Non seulement étaient les poèmes traduits en Français, en plus il y a le poème sur le camp de concentration Natzweiler, dont je ne savais même pas que ça a existé.

KOPLAND, Rutger
Pseudonyme de Rutger Hendrik Van den Hoofdakker. Professeur et psychiatre à Groningue. Collaborateur de nombreuses revues (Tirade, De Revisor, Raster), après Onder het vee [Parmi le bétail], 1966), il a publié de nombreux recueils de poésies. Sous son vrai nom il a fait paraître plusieurs volumes d’essais à caractère scientifique. « Poète lyrique de la relativité, utopiste du moment présent, Kopland essaie de faire perdurer les choses et les expériences humaines dont il connaît le caractère éphémère. Ses premiers recueils parlent du regret des moments passés et respirent une mélancolie romantique sans céder pour autant à la sentimentalité. Ses poèmes actuels sont plus contemplatifs. Toute l’œuvre de Kopland chante la douleur inhérente à la condition humaine, la solitude et l’aliénation auxquelles le poète veut échapper à travers la force et l’immatérialité de sa poésie. » (Paul Gellings).
Natzweiler
En 1941, les SS installent en Alsace, alors annexée au Reich allemand, sur une montagne du massif vosgien, à une cinquantaine de kilomètres de Strasbourg l'un des camps les plus meurtriers du système concentrationnaire nazi : Natzweiler-Struthof. 52 000 déportés y seront incarcérés, 20 000 n'en sont jamais revenus.

Morne alignement de baraques de bois plantées en terrasses sur une longue pente flanquée de miradors et entourée de barbelés électrifiés, un four crématoire, une chambre à gaz, un bloc opératoire où les médecins nazis se livreront à de terrifiantes expériences sur des cobayes humains, seront édifiés là où se trouvait il y a peu encore une plaisante station de sports d’hiver prisée de tous les strasbourgeois. Désormais, aux rires des enfants succèdera dans une longue nuit de plusieurs hivers la sourde plainte des mourants.